Varadero: se renouveler pour survivre

Publié par Alexandre Gagné  |  à  4/11/2015 09:38:00 PM Non commenté

Revenant tout juste d'un séjour d'une semaine dans un établissement hôtelier de Varadero, sur la péninsule d'Hicacos à Cuba, je profite de cette première chronique «Voyage» pour faire le point sur cette station balnéaire très fréquentée par de nombreux Canadiens, Européens et Russes. 

Aucune attente pour la sécurité à YUL
Photo: A. Gagné
CHRONIQUE VOYAGE
par Alexandre Gagné

Le départ sur un vol d'Air Transat le 3 avril dernier s'est effectué sans anicroche. Ayant pris «Option Plus», l'enregistrement est accéléré à l'aéroport Montréal-Trudeau, bien que cette fois-ci, quelques minutes d'attente supplémentaires ont été nécessaires car les deux préposés au comptoir du transporteur aérien devaient quitter pour leur pause-repas. Une fois cette étape franchie, direction la sécurité. L'Option Plus d'Air Transat permettant d'emprunter la voie V.I.P, j'arrive rapidement à l'inspection des bagages à main. Étonnamment, ce n'est pas la foule ce vendredi soir à l'aéroport. Après quelques heures d'attente, c'est l'embarquement prioritaire pour les adhérents à l'Option Plus, sorte de classe intermédiaire entre la «Club» et «l'économique». Point négatif: l'usage des transbordeurs pour se rendre à l'appareil. J'ose croire que la situation en temporaire en raison des travaux toujours en cours à Montréal-Trudeau.

Décollage de YUL en direction de VRA. Peu de temps après, on me sert ma traditionnelle bouteille de mousseux. Ceux en classe «Club», auront droit à un meilleur pétillant ! Puis, vient la pause-repas. Je profite du 15$ de crédit qu'on m'accorde pour commander quelques trucs à grignoter, mais rapidement la vente de produits alimentaires est interrompue. La consigne des ceintures s'allume. Nous venons d'entrer dans la zone de turbulences associées à la dépression qui a apporté de la pluie et de la neige samedi sur le Québec. Heureusement, les secousses à bord sont supportables. Nous franchissons le «gros nuage» sans encombre. Le calme revient et le vol se poursuivra en douceur.

Personnel courtois et efficace. Depuis quelques années, je voyage beaucoup sur Air Transat et j'ai toujours été satisfait. La compagnie se classe d'ailleurs parmi les plus fiables au Canada et dans le monde. Je n'hésite donc pas à la recommander aux touristes étrangers.

PORTRAIT D'UN COURT SÉJOUR

Pour mon séjour d'une semaine, je loge à l'Hôtel Melià Peninsula, situé à l'extrémité de la péninsule de Hicacos, du nom d'une espèce de cactus qu'on retrouve à cet endroit. Pourquoi cet hôtel ? Parce qu'une amie s'y marie et je profite donc de l'événement d'une journée pour profiter de la plage...et surtout du chaud Soleil qui a fait tellement défaut ces derniers mois au Québec.

Ce n'est pas mon premier séjour à Varadero. J'y suis déjà aller à deux reprises dans le passé dans deux autres établissements tout inclus.

Le Melia Péninsula est un établissement qui s'affiche 5 étoiles. L'endroit est magnifique. Le site est exceptionnellement grand et compte de nombreux petits immeubles de deux étages où sont situés les chambres. Le site est très propre. De nombreux trottoirs bétonnés permettent de se déplacer sans
difficulté. Par contre, l'état des bâtiments laisse un peu à désirer. Le cadre de ma porte de chambre n'était pas bien fixé. Le petit réfrigérateur de la chambre ne fonctionnait pas à mon arrivée et il a fallu appeler le service à la clientèle pour faire remplacer la pile dans le coffre de sûreté de la chambre.

Quant à la nourriture, je n'ai pas vu de différences avec les autres hôtels que j'ai fréquentés à Cuba dans le passé qui étaient des 3 1/2 et 4 étoiles.  À chaque reprise, les gens pestent contre les fruits qui ne sont pas mûrs. Il faut le dire, les ananas de Cuba en mars ou en avril ne sont pas bons. Ce n'est pas la saison et le produit servi est blanc, carrément pas prêt à la consommation. Pour le reste, la grande variété de produits permet de se composer une assiette selon ses préférences culinaires.

Durant toute la semaine, j'ai bien mangé et toujours réussi à combler ma faim avec des produits de viande et de légume de bonne qualité. Les gens qui critiquent la bouffe cubaine ne savent visiblement pas cuisiner ou n'arrivent tout simplement pas à agencer les produits présentés pour se faire une bonne assiette. Certes, durant la haute saison comme c'est le cas actuellement, la présence de nombreux touristes accentue la pression sur les services alimentaires des hôtels et en contexte d'embargo, se procurer des produits exceptionnels est souvent, voire toujours difficile pour les établissements hôteliers.

J'allais à Cuba cette année pour assister au mariage d'une amie. L'événement s'est déroulé sur la plage dans un petit coin spécialement aménagé pour l'occasion. La petite cérémonie menée par une notaire cubaine s'est déroulée en français. L'organisation a été impeccable et les nouveaux mariés sont pleinement satisfaits du service obtenu.

Enfin, tout au long de la semaine, des spectacles de grande qualité ont été offerts en soirée sur le site du complexe hôtelier. En journée, plusieurs activités d'animation sont proposées à la plage comme à la piscine. Malheureusement, durant la semaine de mon séjour, les forts vents qui soufflaient sur la péninsule ont souvent empêché en après-midi la sortie des catamarans et des autres types d'embarcations. Avec un mercure oscillant autour des 30° toute la semaine, le vent était malgré tout le bienvenue.


Sur le site du complexe, quelques petits comptoirs ou kiosques offrent des objets de l'artisanat traditionnel cubain, mais attention. Assurez-vous d'avoir le montant exact en pesos cubain convertible (C.U.C.) sinon les vendeurs rechignent à vous redonner la monnaie de vos billets. Presque toujours, ils prétextent ne pas avoir de monnaie pour espérer que vous allez prendre l'objet malgré tout en y laissant un «généreux» pourboire. 

L'AVENIR DE VARADERO ?

C'est bien là, le drame de Cuba. La population vit avec presque rien dans ce régime communiste. Rien, c'est environ 900 pesos cubains par mois, soit environ 42 dollars canadiens. Qu'on soit médecin, chauffeur de bus ou femme de chambre, c'est 900 pesos. Une somme nettement insuffisante pour combler les besoins essentiels, comme la nourriture, le logement et les vêtements. C'est pourquoi, sur l'île de la «révoluciÓn», la chasse aux pesos convertibles est constante.  De nombreux Cubains occupent souvent deux emplois et vivent regroupés en famille élargie pour subvenir à leurs besoins. Un fait d'ailleurs rappelé par notre accompagnateur cubain lors du transport par autocar entre l'aéroport et l'hôtel.

Anecdote malheureuse. Des amis du voyage en sortie dans le coeur du village de Varadero ont décidé d'aller faire trempette avant de rentrer. Ils ont déposé leurs chaussures en bord de plage et on sauté à l'eau. Il n'a suffit que d'un court instant de distraction pour que les quatre compagnons se fassent voler leurs chaussures. En dépit d'une déclaration à la police, le voleur courre toujours... C'est tout dire du besoin en produits sur l'île.

Le secteur du tourisme représente donc un manne pour les Cubains. Au contact des touristes, ils peuvent se procurer ces fameux C.U.C. pour arrondir leur fin de mois. Tout service est sujet à pourboire. Mieux vaut en avoir quelques-uns toujours en réserve. C'est malheureusement souvent le jeu de la carotte et du bâton. À un bon pourboire vient un bon service.

Le représentant de Vacances Transat à l'hôtel confirme toutefois que les artistes des spectacles présentés dans les différents complexes touristiques gagnent un peu plus cher. Un peu plus ? Quelques dollars par mois en supplément pour les nombreuses heures d'entraînement qui font en sorte de faire rayonner la culture cubaine.

Avec l'assouplissement de l'embargo à Cuba annoncé le 17 décembre dernier, à quoi faut-il s'attendre?
«À une hausse des tarifs dès l'an prochain», confirme Philippe G., le représentant de Vacances Transat au Melià Peninsula. La population fonde beaucoup d'espoir dans cette annonce. On espère évidemment de meilleurs salaires. «On verra l'arrivée des grandes chaînes sur l'île comme McDonald», de dire le représentant.

DES SCÉNARIOS
Quels sont les scénarios possibles pour le secteur touristique ? En voici quatre sans prétention...

1- Levée de l'embargo. Les prix montent dans les hôtels, mais les touristes sont toujours au rendez-vous parce que les plages sont belles et la proximité du pays de l'Amérique du Nord rend la destination intéressante. Les hôtels profitent de l'occasion pour améliorer leurs installations et leur offre. Les travailleurs voient leurs conditions légèrement améliorées par une hausse de salaire. À long terme, les changements dans la qualité de vie sont minimes.

2- Levée de l'embargo. Les prix montent dans les hôtels, mais les touristes se font moins nombreux en raison de la hausse marquée des coûts. Les hôtels se vident et n'arrivent pas à combler leurs chambres. Les complexes tombent en désuétude et se ferment tour à tour. Les travailleurs sont licenciés. La population n'améliore pas son sort et la grogne prend de l'ampleur. C'est en quelque sorte le scénario du pire.

3- Levée de l'embargo. Les prix montent dans les hôtels, mais les touristes trouvent que c'est trop. Les établissement se vident. La politique cubaine doit s'assouplir et permettre des privatisations. Quelques complexes sont rachetés par des multinationales américaines. On réinvente les concepts. On rénove les complexes. On y installe des jeux d'eau, améliore nettement la qualité de la nourriture et des activités offertes. Les employés se pressent pour obtenir un emploi qui sera rémunéré à un salaire à l'identique aux États-Unis. Les travailleurs chanceux deviennent une nouvelle élite à Cuba et consomment davantage. Pour consommer, ils auront besoin de nouveaux produits et services. Comme Cuba dispose d'une main-d'oeuvre très qualifiée, c'est l'occasion de mettre à profit ces gens et de leur offrir à leur tour de bons emplois dans des entreprises privées qui viennent s'installer dans l'île. C'est le scénario optimiste qui permettrait avec une gestion rigoureuse de faire passer le pays lentement mais sûrement à une économie de marché, avec bien sûr tous les effets que cela comportent.

4- Les États-Unis refusent de rayer Cuba de la liste des pays soutenant le terrorisme. Cuba proteste. La ligne dure envers Washington reprend. La situation stagne et aucun changement ne survient dans l'île.

Bref, Cuba est assurément à un tournant. L'avenir de l'île, où la population est jeune, éduquée et la plus en santé des Caraïbes, repose entre les mains de ses dirigeants. Sauront-ils lâcher du leste pour faire entrer le pays dans une ère nouvelle ? La question est sur toutes les lèvres à Varadero.

RETOUR À MONTRÉAL
Après une semaine de détente et de plaisir, c'est le temps de rentrer. Après une longue attente à l'aéroport, nous avons finalement pu embarquer dans l'avion avec un peu de retard. Fait à noter, à l'aéroport de Varadero, les panneaux indicateurs des vols ne sont pas mis à jour lorsqu'il y a des retards... Très agaçant quand ton vol est indiqué «on time», qu'il est passé l'heure mentionné et que ton avion n'a toujours pas décollé !

Autre évocation. Ne compter pas sur les Cubains pour respecter votre «Option Plus» au retour. À l'aéroport, c'est le chaos. Les gens se précipitent devant la porte d'embarquement. Ils font la file certes, mais c'est la loi du plus fort... Finalement, ayant fait mon petit «Claude Dubois», je me suis placé près du comptoir et j'ai ainsi pu me glisser entre les premiers passagers.

Le vol du retour a également été marqué par un épisode de turbulences qui a affecté la distribution de l'offre alimentaire à bord. Enfin, l'atterrissage n'a pas été facile. Face aux grands vents, l'appareil a beaucoup tangué et le pilote a du jouer des moteurs pour réussir à poser son grand oiseau plus loin que d'habitude sur la piste avant d'abuser - à juste raison - des freins et aérofreins pour stopper l'appareil dans son grand élan, le tout finalement à la joie des passagers. Grand ouf !

BULLETIN DE VOYAGE
À Air Transat, je donne un 9/10. Le service à l'embarquement à l'aéroport de Varadero est à revoir.

Au représentant de Vacances Transat, Philippe G., je donne un 10/10. Sympa et efficace, il mérite amplement cette note.

Au Melià Peninsula, je donne un 7,5 /10. Pour un hôtel se disant 5 étoiles, je me serai attendu à plus.

Au peuple cubain, je donne un 11/10. Vivre dans de telles conditions en 2015 et en quasi soumission est un exploit. Demeurer fier malgré tout, proposer des spectacles montrant l'aspect heureux de leur culture et soucieux de la propreté des lieux qu'on visite vaut bien cette note de plus en pourboire...


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