Le défi de la «silver économie»

Publié par Alexandre Gagné  |  à  3/14/2016 09:26:00 PM Non commenté

Le nombre de naissances au Québec a fortement chuté en 2015 pour atteindre un niveau qu'on avait pas vu depuis 8 ans dans la province. De leur côté, les décès ont continué leur progression pour atteindre un nouveau sommet. Des statistiques qui viennent confirment le vieillissement de la population québécoise et la nécessité pour l'État de s'engager à faire face à de nouveaux défis sociaux.

par Alexandre Gagné

Les données de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) parlent d'elles mêmes. En 2015, il y a eu au Québec 86 800 naissances, une baisse de 900 naissances par rapport à l'année précédente. Il faut remonter à 2007 pour retrouver un nombre inférieur alors que 84 453 poupons étaient nés dans la province. Quant au nombre de décès, il a continué sa progression pour atteindre 64 050 en 2015.

L'ISQ le relevait déjà à l'été 2015, l'accroissement naturel de la population ralentie au Québec et le phénomène ne va pas changer à court terme. D'ailleurs, l'ISQ estimait dans son dernier bilan démographique 2015 que «les composantes migratoires apparaissent donc comme le principal moteur de la croissance de la population du Québec en 2014, comme c'est le cas depuis 2001».

Malgré la faiblesse de l'accroissement naturel, la contribution non négligeable de l'immigration permet d'entrevoir à l'horizon de 2060 une population d'environ 10 millions d'habitants au Québec, contre 8,2 millions actuellement.

Mais quelle sera la composition de la population de cette époque ?

Les scénarios

L'ISQ a planché sur plusieurs scénarios d'évolution de la population. Dans tous les cas, le constat est le même: «il y aura un déclin de la population en âge de travailler, généralement située au cours des années 2020».

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Dans son scénario de référence (A), l'ISQ indique que le Québec comptera près de 3 millions de personnes de 65 ans et plus en 2060. Malgré quelques variations en nombre, l'agence gouvernementale est catégorique: le vieillissement de la population ne va pas s'arrêter.

Le constat est clair. Le nombre de personnes âgées va bondir et leur présence dans la société continuera de se faire sentir forçant la mise en place de nouveaux services.

La «silver économie»

L'augmentation du nombre d'aînés pose deux grands défis à la société québécoise. D'abord, un défi économique. Comment financer ces retraites, payer les coûts des soins de santé qui vont exploser et comment maintenir une qualité de vie à ces gens qui forment le Québec d'aujourd'hui.

Ensuite, il y a un défi d'éducation. Comment remplacer ces travailleurs qui ne sont plus ? Comment préparer la formation de la relève et la transmission du savoir acquis par ces aînés devenus experts dans leur domaine et qui doivent partir ?

L'État québécois tarde à agir dans ce domaine et les alertes venant du milieu des affaires se multiplient. En France, en revanche, le gouvernement a déjà défini cette nouvelle économie qui doit se mettre en place.
«La Silver économie est l’économie au service des âgés. L’enjeu est crucial : il s’agit de permettre et d’encourager les innovations qui vont nous accompagner dans notre avancée en âge et faire reculer la perte d’autonomie.»
L'Institut de santé publique du Québec relevait, l'an dernier, que «le maintien à domicile demande une première ligne forte, infirmières, nutritionnistes et autres». La porte est donc ouverte à la multiplication des services, des entreprises et offres variées pour aider les aînés.

Source: France 2 - 21 janvier 2016


Au plan des services publics, il faudra adapter les transports en commun, le mobilier urbain et l'éclairage des rues pour des raisons de sécurité. Les ainés de demain seront aussi «plus alertes, plus technologues, plus amateurs de loisirs et de voyages», affirmait-on dans le Journal de Québec de mars 2015.

Le domaine des soins aux personnes âgées représente un secteur où des milliards en revenus seront au rendez-vous. Et déjà quelques entreprises sont sur les rangs. Parmi celles-ci, il y a la compagnie Telus qui a créé une filiale, Telus Santé, dont les services proposés visent directement la clientèle des personnes âgées.

Source: Telus Santé via Youtube

Quant au manque de travailleurs anticipés dans les entreprises, bien peu d'établissements sont prêts à y faire face. Certaines entreprises, comme Bombardier notamment, ont mis sur pied des programmes de formation des employés. Les seniors transmettent les connaissances aux jeunes recrues à travers des formations adaptées. Mais dans plusieurs milieux, les réticences des syndicats pourraient ralentir le processus du changement. Par contre, ailleurs dans le monde, la robotisation a déjà fait beaucoup de chemin et pourrait permettre de transformer le paysage de l'emploi à condition que les travailleurs acceptent de se former.

Source: France 2

La crise entourant le service de covoiturage Uber et les chauffeurs de taxis du Québec illustre bien les difficultés que posent l'entrée au Québec de nouvelles façons de faire et les conséquences des nouveaux moyens de communication, de partage et de collaboration nés des outils numériques aujourd'hui incontournable.

La réponse de l'État ?

Elle se fait attendre. Le journaliste économique Gérald Fillion le relevait à juste titre dans sa chronique Web du 26 janvier dernier, «Nos dirigeants politiques sont-ils à l'écoute?» posait-il comme question. Dans son billet de blogue, il relevait les faibles investissements en matière d'innovation, d'éducation et de transport, des secteurs clés de l'économie de demain.

Autant à Québec qu'à Ottawa, on estime qu'il faut investir dans «l'économie du savoir», or jusqu'à maintenant les gestes se font toujours attendre et la province accuse un sérieux retard. Il en va de même du secteur du commerce au détail qui tarde à prendre le virage numérique. Le Conseil du patronat du Québec appelait d'ailleurs, le 9 février dernier, la province à passer en «deuxième vitesse» pour accélérer les changements.

Bref, alors que le Québec doit faire face à de nombreux défis financiers, comme la reconstruction d'écoles, d'infrastructures routières et municipales, plusieurs chantiers de développement de la société et de l'économie de demain sont délaissés. Quelles en seront les conséquences ? Les effets commencent déjà à se faire sentir et, si rien n'est fait, le pire est encore à venir...

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Source: Journal de Québec --- Telus Santé --- Radio-Canada --- Conseil du Patronat


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