Il y a 100 ans, Montréal aux urnes !

Publié par Alexandre Gagné  |  à  4/03/2016 03:47:00 PM 1 Réagir

Il y a 100 ans, ce 3 avril, Montréal était en élection. Un scrutin municipal qui voyait s'affronter trois hommes pour gouverner une ville déjà entachée par des scandales de corruption et de favoritisme. Retour sur cette élection passée.

Par Alexandre Gagné

Nous sommes en 1916. Montréal compte alors un peu plus d'un demi-million d'habitants. En mars de cette année-là, des élections sont déclenchées. Il faut dire qu'à cette époque, les élections se déroulent chaque deux ans. Aussi bien dire que Montréal est constamment en élection.

Médéric Martin
Le maire en poste s'appelle Médéric Martin. Il a tout juste 47 ans. Propriétaire d'une manufacture de cigares, c'est avec cette petite usine qu'il a fait a fortune. Dès 1906, Martin se présente en politique comme conseiller municipal du quartier Papineau. En 1914, il décide de faire le grand saut en se portant candidat à la mairie de Montréal contre l'anglophone George W. Stephens. Martin joue la carte du populisme. Il organise de nombreux rassemblements dans les quartiers ouvriers. Son discours porte ses fruits si bien qu'il remporte le scrutin.

Son élection met alors fin à l'alternance entre des maires anglophones et francophones qui avait court dans la métropole en ce début de siècle. Mais surtout, son élection survient malgré des accusations de «malversations de fonds» portées contre lui par l'enquête municipale de 1909 du juge Cannon sur l'administration de la ville. Des accusations suffisamment sérieuses pour forcer Martin à se retirer temporairement en 1910 avant de revenir, deux ans plus tard, dans son poste d'échevin.

L'enquête du juge Cannon avait d'ailleurs conduit à la tenue d'un référendum municipal, le 30 septembre 1909, sur la création d'un «Bureau de contrôle» des finances de Montréal. Résultat du scrutin: 88% des votants se disaient favorables à la mise en place d'une telle instance.

Le Bureau de contrôle (BC), composé de quatre commissaires, est finalement mis en place. C'est un peu une sorte de «Bureau de l'Inspecteur général» mis sur pied à Montréal en 2014 à l'initiative de l'actuel maire Denis Coderre. Avec ce BC, le maire voit certaines prérogatives et pouvoirs lui filer entre les doigts. Désormais, comités municipaux et fonctionnaires seront directement soumis au regard du BC.

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Une courte campagne

Évidemment, ça ne fait pas l'affaire du maire Martin qui, dès son élection de 1914, réclame l'abolition de cette instance. L'opinion publique ne voit pas la chose d'un bon oeil tout comme la presse montréalaise qui critique vertement le nouvel élu.

L'élection de 1916 tombe donc à point nommé et plusieurs y voit l'occasion d'évincer Médéric Martin du pouvoir au point où, pour la première fois, deux candidats font la lutte à Martin, l'anglophone Duncan McDonald et un autre francophone, Louis A. Lapointe.

La campagne électorale a été «courte, mais particulièrement vive et animée», souligne le journal Le Canada dans son édition du 3 avril 1916. «L'ex-maire Martin a fait, selon sa coutume, une campagne énergique et incessante, tenant par tous les points de la ville des assemblées des plus tumultueuses», évoque le quotidien montréalais.

Quelques jours avant le scrutin, deux quotidiens montréalais, dont La Presse, ont appelé en éditorial à voter contre Médéric Martin et à plutôt élire l'anglophone Duncan McDonald. Du côté anglophone, une partie de la presse a donné son appui au candidat francophone L. A. Lapointe.
Source: La Patrie

Les médias s'organisent...

Le lundi 3 avril, la parole est finalement donnée aux électeurs montréalais. À cette époque, pas de stations de radio ni de postes de télévision pour annoncer les résultats. Il faut donc s'en remettre à la presse écrite. Or, pour la première fois au scrutin de 1916, les journaux montréalais ont uni leurs forces pour recueillir efficacement les résultats. «Un comité de journalistes s'est chargé d'installer un système de réception des votes à l'Hôtel-de-Ville, d'y faire le travail ardu des compilations, de distribuer à chaque journal le résultat de l'élection, quartier par quartier», explique le journal La Patrie.

Ce quotidien montréalais, installé rue Sainte-Catherine, a offert pour la première fois des résultats «au moyen de projections lumineuses sur un écran, devant ses bureaux». Très vite, après la fermeture des bureaux de scrutin, à 20 heures, la rue Sainte-Catherine est devenu un lieu de rassemblement pour suivre le dépouillement des votes.

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Discours de M. Martin - Source: Le Canada
Médéric Martin l'emporte facilement par 10 000 votes sur son principal rival Ducan MacDonald. Dans son allocution, le maire réélu s'en prend à la presse. Il affirme: «le peuple de Montréal verra que je ne suis pas l'homme que certains journaux ont représenté. [...] Le peuple de Montréal m'a vengé.»

Mais les années qui vont suivre ne seront pas de tout repos à Montréal.

En 1916, la Ville enregistre un déficit de 2 millions de dollars. Malgré des promesses, l'année suivante, Montréal se retrouve avec un manque à gagner de 1,7 million. Devant une telle situation et de nouvelles allégations de favoritisme et de corruption, le gouvernement du Québec va placer Montréal en tutelle en 1918.

Le premier ministre Lomer Gouin force Montréal à annexer le village de Maisonneuve alors endetté de 19 millions de dollars. Une commission administrative est mise sur pied pour gérer la Ville. Pour les citoyens, le fardeau financier est lourd.

La taxe foncière ainsi que la taxe d'eau sont augmentées. Une taxe de vente municipale est créé et un gel des salaires des employés est imposé. Des années bien sombres pour les Montréalais alors que l'inflation est forte au Québec.

La tutelle municipale est finalement levée en 1921, par le premier ministre Alexandre Taschereau.

Montréal n'est pas au bout de ses peines. L'année suivante, l'Hôtel de Ville est rasée par le feu dans la nuit du 3 au 4 mars. Des dommages évalués à 10 millions de dollars. Montréal n'a pas un sous. La Ville devra emprunter pour reconstruire. Seule la salle des archives a résisté au feu.

Médéric Martin sera finalement défait en 1924 après 10 ans au pouvoir. Il sera réélu en 1924 et défait, pour de bon, en 1928 par le non moins célèbre Camillien Houde.

100 ans plus tard, Montréal a-t-elle vraiment changée ?


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