Flambée de tuberculose à Montréal

Publié par Alexandre Gagné  |  à  11/03/2016 11:07:00 PM Non commenté

Le bacille de Koch
La Direction régionale de la santé publique de Montréal (DRSP) surveille de près une flambée de tuberculose sur son territoire. Entre le 11 septembre et le 8 octobre dernier, 11 nouveaux cas ont été déclarés portant à 90 le nombre de cas signalés depuis janvier. Explications.

par Alexandre Gagné

Dans son bulletin mensuel sur les maladies à déclaration obligatoire, la DRSP reconnaît que les nouveaux cas constituent un «excès» par rapport à la normale. Toutefois, la santé publique juge, à ce stade-ci, qu'il ne s'agit pas d'une situation «statistiquement significative». Les deux prochains mois diront si ces nouveaux cas vont hausser le nombre généralement observé dans la région de Montréal.

Parmi les cas signalés, on retrouve deux jeunes âgés de moins de 20 ans. Trois autres cas ont été identifiés chez des personnes entre 20 et 40 ans. Dans la majorité de cas, il s'agit d'hommes (8 cas sur 11) nés hors du Canada (9 cas sur 11).

Les personnes infectées présentaient, pour certains, un développement avancé de la maladie. Cinq personnes avaient une atteinte pulmonaire, trois une pleurésie, 2 une méningite et une autre avec une atteinte osseuse au niveau du sternum.

Fait étonnant, un des cas déclarés est survenu chez une personne âgée de plus de 90 ans. La santé publique croit qu'il s'agirait de la réactivation du bacille de Koch qui avait été traité en sanatorium il y a plus de 70 ans auparavant.

Opération de dépistage


Dans le réseau de la santé, chaque nouveau cas de tuberculose déclenche une importante opération pour retracer les personnes qui ont été en contact avec le malade. La DRSP confirme cette fois-ci que deux cas ont impliqué un tel dépistage.

Dans le premier cas, des tests tuberculiniques ont été faits chez les co-chambreurs et le personnel d'une résidence pour personnes âgées ainsi qu'auprès des chauffeurs ayant transporté régulièrement le malade à l'hôpital. Dans le deuxième cas, un adolescent, il a fallu tester certains élèves des écoles qu'il a fréquenté ainsi que des passagers d'un vol d'avion.

Il s'agit de l'intervention la plus importante depuis l'automne 2015 alors que la tuberculose avait été diagnostiquée chez un travailleur d'une entreprise de Montréal. Les tests réalisés avaient permis d'établir que 63% des 227 employés étaient porteurs de la maladie sous forme latente.

La Direction de la santé publique indiquait récemment dans un article de La Presse qu'une cinquantaine d'interventions du genre avaient été effectuées en milieu de travail depuis 10 ans.

Un «tueur silencieux»


La tuberculose existe depuis des siècles et n'a jamais vraiment été éradiquée. Au Québec, elle est à déclaration obligatoire depuis 1901. Dans certaines régions du monde, elle fait toujours des ravages considérables. Une personne en meurt toutes les 15 secondes sur la planète.

Si certains médias ou médecins parlent d'un «retour» de la maladie, particulièrement en Occident, d'autres spécialistes s'insurgent contre cette expression et indiquent plutôt que la tuberculose demeure depuis toujours un «tueur silencieux».

Il faut dire que le bacille de Koch (BK), responsable de la maladie, est différent des autres microbes. Il se reproduit lentement. Il est entouré d'une coque cireuse qui le protège, mais qui en même temps ralentit sa multiplication.

Quand le BK entre dans l'organisme, les anticorps se mettent en action aussitôt en isolant le microbe dans ce qu'on appelle le «tubercule». En botanique, c'est l'organe de réserve des plantes pour assurer leur survie l'hiver, comme la pomme de terre par exemple. En anatomie, c'est une sorte de petit nodule calcaire, une prison qui peut endormir la bactérie pendant des années. C'est la forme dite latente.

Pour bien des gens, la maladie va s'arrêter là. Seul signe notable, une cicatrice caractéristique au poumon visible aux rayons X. Pour les autres personnes, environ 5% des gens infectées, elles vont entrer dans la deuxième phase de la maladie quand les bacilles vont s'échapper du tubercule pour attaquer l'organisme à nouveau.

Via Radio-Canada
Les anticorps se souviennent alors plus rapidement de l'envahisseur et réagissent avec force. Et c'est bien là le problème. En combattant le bacille, ils détruisent en partie l'organe qu'ils défendent: les poumons.

Sous l'effet des anticorps, les tissus pulmonaires infectés se fluidifient et sont expulsés par la toux faisant apparaître des trous sur la parois de l'organe. Sans le recours aux antibiotiques, une tuberculose arrivée à ce stade entraîne la mort rapidement. Au cours de la maladie, des épisodes de bonne santé peuvent alterner avec des épisodes plus difficiles et une guérison spontanée est toujours possible.

Pendant longtemps dans l'histoire cette maladie était appelée la «peste blanche». Le bacille de Koch a été identifié en 1882, mais il a fallu attendre jusque dans les années 1940 et 1950 avant que les premiers antibiotiques ne soient mis au jour et utilisés sur les malades.

L'historienne Louise Côté qui a enquêté sur la tuberculose indique qu'entre 1896 et 1906, la maladie a emporté dans la province au moins 33 000 personnes. Pendant longtemps, la médecine restera dépourvue de moyens pour traiter les malades qui souffraient de problèmes respiratoires. Ce faisant, le gouvernement a construit des sanatoriums, souvent sur des collines, pour permettre aux tuberculeux de s'oxygéner.

Aujourd'hui, au Québec, la tuberculose infecte bon an mal an une centaine de personnes. Si la maladie est bien surveillée et contrôlée, elle n'en demeure pas moins un problème de santé publique qui nécessite la plus grande vigilance, car la recrudescence de cas résistants aux antibiotiques inquiètent au plus haut point le milieu médical.


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