Économie: Ce mur qui approche [2/2]

Publié par Alexandre Gagné  |  à  2/12/2017 09:43:00 PM Non commenté

Exemple d'IA forte
Au début du mois de février, le Québec entier a appris que Montréal est un pôle important de la recherche sur l'intelligence artificielle (IA). 

De nombreux emplois sont associés à ces recherches, mais les impacts du déploiement d'appareils et d'outils dotés d'IA auront tôt fait de perturber le secteur du travail dans nos sociétés. 

Le Québec est-il mobilisé pour répondre à ce nouveau défi ? Décryptage.

par Alexandre Gagné [Deuxième de deux textes]

C'est à l'occasion du passage du chercheur Yoshua Bengio à  l'émission Tout le monde en parle à Ici Radio-Canada Télé que le Québec a fait connaissance avec l'intelligence artificielle. L'Institut des algorithmes d'apprentissage de Montréal que dirige M. Bengio à l'Université de Montréal va bénéficier d'une subvention de Microsoft d'environ 6 millions de dollars pour la recherche.

En novembre dernier, Google avait aussi annoncé 4,5 millions au même Institut. L'argent permettra notamment l'embauche de nouveaux spécialistes dans des domaines variés.

Qu'est-ce que l'intelligence artificielle ?


Pour faire (très) simple, l'IA est le développement de dispositifs imitant ou remplaçant l'humain dans certaines de ses fonctions cognitives. Concrètement, l'IA s'incarne dans le développement de logiciels implantés dans des ordinateurs ou robots permettant d'interagir avec l'humain.

En utilisant des données (data) préalablement amassées, l'IA va employer des méthodes de résolution de problèmes à forte complexité logique ou algorithmique pour répondre à des questions précises posées par l'humain. De ces questions, certaines IA vont développer elles-mêmes des capacités d'apprentissage pour améliorer leur efficacité.

Dans la vie quotidienne, on peut penser que l'intelligence artificielle pourra servir à rendre nos téléphones portables plus «brillants» en étant capable de percevoir les nuances dans nos propos quand nous conversons avec Siri (Apple), Cortana (Microsoft), Alexa (Amazon) ou Jarvis (Facebook).

Déjà, de tels systèmes sont à l'oeuvre dans le monde. Dans un bureau d'avocats, on pourra désormais analyser des milliers de décisions judiciaires en quelques minutes pour préparer un procès. Dans un bureau médical, le traitement des informations génomiques d'un patient et les résultats de ses analyses  sanguines ou autres pourront être croisés en quelques secondes pour générer un diagnostique et proposer un traitement. Le travail de l'avocat et du médecin sera bouleversé. Imaginer maintenant leur formation. L'IA va bouleverser bien d'autres domaines aussi.

Actuellement, les recherches sur l'IA se divisent en deux branches: l'intelligence artificielle faible et l'intelligence artificielle forte.


Quel impact sur l'économie ?

Plusieurs observateurs intéressés par le développement de l'intelligence artificielle et sa rapide pénétration dans plusieurs sphères de notre économie s'inquiètent du peu de cas que fait la classe politique des conséquences sur le marché du travail de l'arrivée de ces nouveaux outils.

Via Youtube
C'est le cas notamment du Dr. Laurent Alexandre, fondateur du site Doctissimo en France et de la firme DNA Vision. Dans une intervention au Sénat français le 19 janvier dernier, il n'a pas mâché ses mots pour lancer un signal d'alerte.

Le spécialiste de la question estime que pour l'heure, «l'IA forte» ne pose pas un réel danger puisque son développement est encore embryonnaire. L'IA forte est associée aux robots intelligents capables d'apprendre, de créer leur propre langage, de prendre des décisions seuls ainsi que de créer à leur tour leur propre système d'IA. Au final, c'est le scénario du meilleur film de science-fiction.

Selon Laurent Alexandre, les vraies questions concernent «l'IA faible» et portent sur la gestion, la gouvernance et la régulation de cette technologie dans nos sociétés. L'expert est d'avis que les gouvernements du monde ne s'intéressent pas suffisamment au développement de l'intelligence artificielle et à ses conséquences sur l'économie laissant ainsi le champ libre au GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) en Occident et au BATX (Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi) en Chine.

En parallèle au développement de l'IA, les technologies dites du NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) arrivent à maturité, dit celui qui suit ces avancées depuis plusieurs années. Au surplus, indique-t-il, la zone Asie-Pacifique connaît actuellement un développement économique très rapide et des avancées technologiques importantes en raison de politiques plus transgressives et de règles morales, éthiques et philosophiques plus souples.

L'intervention de Laurent Alexandre au Sénat français

Via Youtube

L'économie actuelle


Il y a quatre grandes caractéristiques à l'économie du 21e siècle, dit Laurent Alexandre.

1) L'économie est basée sur des technologies exponentielles, les NBIC, donc, dit-il, très imprévisibles.

2) L'intelligence artificielle va être gratuite en valeur relative face à l'intelligence biologique (de l'humain) et cela aura des conséquences majeures sur le marché de l'emploi car quand il y a un bien gratuit, les substituts «crèves» et les complémentaires voient leur prix augmenter. Ce qui est substitué ici est le travail peu qualifié. Ce qui est complémentaire de l'IA, c'est le travail qualifié dont la valeur va monter.

3) Nous sommes dans une économie où la zone Asie-Pacifique se croit tout permis sur tous les plans. C'est pour cela qu'il faudra une bonne gouvernance et régulation internationale de l'IA.

4) La plateformisation. L'IA sort à grand robinet des grandes plateformes (GAFAM) pour des raisons techniques car il faut beaucoup de données pour développer de l'IA.

Traditionnellement, l'économie comportait essentiellement des entreprises verticales: Nissan fabrique des voitures, Danone du yaourt, Badoit de l'eau, etc. Aujourd'hui, par contre, on constate une horizontalité des métiers avec des conglomérats. Par exemple, Baidu en Chine, qui se lance dans la voiture autonome à partir de l'intelligence artificielle.

Le spécialiste estime donc que si les gouvernements ne revoient pas rapidement la formation et la reconversion des travailleurs dans plusieurs domaines de l'économie, il y aura une paupérisation accrue dans les sociétés. Un phénomène, dit-il, qui fait craindre des crises sociales qui seront difficiles à gérer pour les États.

Reportage de France 2 sur la robotisation
http://www.francetvinfo.fr/replay-jt/france-2/20-heures/les-robots-vont-ils-mettre-fin-au-travail_2060626.html

Conclusion


C'est donc fort de constat qu'on peut se demander comment le Québec se prépare aux changements de l'économie qui s'opèrent en douce. Il y a certes de nombreux rendez-vous d'échanges et des forums sur l'intelligence artificielle au Québec, mais avons-nous les leaders politiques pour gérer le virage en cours, voire la crise de l'emploi à venir ?

La réforme de l'éducation décriée par les syndicats de l'enseignement visait justement à préparer le Québec à ces changements. Elle a été déployée sans aucun moyen et a été mal expliquée aux enseignants ainsi qu'à la population. Parmi les compétences à développer, il y avait le «questionnement». Apprendre à poser de bonnes questions. Cette «compétence 1» mise de côté par les enseignants est exactement ce qu'il faudra comme habileté pour interagir avec les intelligences artificielles, c'est-à-dire apprendre à poser de bonnes questions pour obtenir de bonnes réponses. Il était là (en partie) le but de la réforme: préparer le Québec au futur.

Les idéateurs du Renouveau pédagogique ont peut-être été trop visionnaires. Aujourd'hui, par contre, le Québec se retrouve avec une décennie de retard sur l'Asie. Un écart qui sera bien difficile à rattraper... Il est là le grand mur qui nous attend.

++ Lire aussi: Économie: Le Québec va-t-il frapper un mur [1/2]


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