Économie: Le Québec va-t-il frapper un mur ? [1/2]

Publié par Alexandre Gagné  |  à  2/12/2017 10:45:00 AM Non commenté

L'emploi fait la manchette
Alors que le XXIe siècle est commencé depuis déjà 17 ans, le Québec, toujours à la traîne, se questionne toujours et commence à peine à chercher des pistes de solution pour éviter de frapper ce grand mur qui pointe à l'horizon et qui se rapproche à vitesse grand V. Analyse.

par Alexandre Gagné  [Premier de deux textes]

Cette semaine, Ottawa et Québec ont publié les chiffres de l'emploi. De beaux résultats. De belles manchettes aussi dans les médias. Mais une fine analyse des données nous montre qu'il y a peut-être un autre portrait de la situation...qu'on ne veut pas voir.

Selon Emploi Québec, l'emploi a augmenté au Québec en janvier pour un septième mois consécutif. On parle, pour le mois dernier, d'une hausse de 3 400 emplois. Si ce chiffre a de quoi faire bomber le torse du gouvernement libéral, c'est plutôt un drame silencieux qui se joue sous nous yeux. 

En fait, on regardant de près les statistiques, on constate que la hausse de l'emploi a été essentiellement le fait de l'emploi à temps partiel (+ 9 000 emplois) alors que celui à temps plein a plutôt chuté. Un recul de 5 600 emplois en un mois.

Répartition de la population québécoise en janvier 2017
Source: Emploi Québec, ISQ, Statistique Canada

Voilà le problème. On assiste globalement à une précarisation de l'emploi au sein des travailleurs québécois et dans plusieurs cas à un découragement au point de ne plus chercher du travail. Emploi Québec indique d'ailleurs que la population active a chuté de 11 200 personnes le mois dernier. 

Les données montrent aussi un recul de l'emploi chez les femmes ( -1 500) ainsi que chez les 65 ans et plus. Dans ce cas précis, la chute est importante. On parle de -7,3%, soit 10 800 emplois. On peut se demander si les mesures fiscales encouragent actuellement les retraités à demeurer sur le marché du travail. Pour plusieurs d'entre eux, travailler devient rapidement un fardeau fiscal où l'impôt et la réduction des pensions sera au rendez-vous.

Tirer (encore) la sonnette d'alarme


Pour le moment, que fait le gouvernement ? Bien peu alors que la maison commence à brûler. Sur le quai, il regarde le train passer. J'ai déjà évoqué ici sur ce blogue le retard du Québec à se préparer aux changements déjà en marche. Avec le vieillissement accéléré de la population, la province et les municipalités tardent à se mettre au travail sur la question des services et de l'emploi. De nombreux postes seront à combler dans de nouveaux secteurs d'activité et la formation n'est toujours pas disponible. 

Il y a un an quasi jour pour jour, le Conseil du patronat appelait l'État québécois à passer en «deuxième vitesse» pour accélérer les changements. 

Cette fois-ci, c'est autour du président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitaine d'agiter un signal de détresse. Dans une lettre ouverte publiée dans LaPresse+, Michel Leblanc rappelle que le monde est entré dans une période de révolution technologique qui « obligent les entreprises à prévoir de nouveaux métiers nécessitant l'appropriation de nouveaux savoirs et le développement de nouvelles habiletés »

Pour Michel Leblanc il y a « urgence d'agir » pour planifier les besoins futurs en main-d'oeuvre. À l'occasion d'un sommet sur la main-d'oeuvre la semaine prochaine, il appelle les ministères à mettre en place les conditions gagnantes pour y arriver.  Il en va, dit-il, du « positionnement du Grand Montréal sur l'échiquier mondiale de la quatrième révolution industrielle ».

Sans un virage technologique adéquat, la province pourrait bien du mal à combler des milliers d'emploi dans de nouveaux domaines faute de travailleurs qualifiés. Avec la disparition anticipée de nombreux types d'emplois, la formation continue est plus que jamais essentielle.

Miser sur l'éducation


« On jugulera le chômage et l'inégalité en aidant nos systèmes éducatifs à évoluer aussi vite que les technologies et à anticiper les besoins futurs des entreprises », affirme le professeur de stratégie à HEC, Xavier Fontanet dans le journal Les Échos du 2 février dernier.

Le professeur cite en exemple les bons résultats obtenus par la cité-état de Singapour qui, depuis l'an dernier, accord à tous les citoyens de 25 ans et plus un droit annuel de formation d'environ 700$. De cette façon, l'État valorise la formation continue qui fait tant défaut dans nos sociétés occidentales.

Le gouvernement de Singapour « serait-il en train de prendre tout le mode de vitesse en faisant évoluer son enseignement supérieur vers un système de formation permanente à la carte ? », se demande M. Fontanet.

Avec la transformation de la société et des besoins en matière de main-d'oeuvre, il est plus que jamais nécessaire d'avoir un signal clair de la part de l'État québécois pour valoriser la formation professionnelle et la formation continue faute de quoi, sous la pression de certaines organisations syndicales peu portées aux changements, le Québec pourrait bien frapper ce grand mur...

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