Éditorial. Compressions scandaleuses à la BAnQ

Publié par Alexandre Gagné  |  à  6/06/2017 10:14:00 PM Non commenté

Le site de la BAnQ
Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) annonce une vaste réorganisation et des compressions qui se traduiront par des pertes d'emplois et une réduction de ses activités. Une décision inacceptable. Éditorial.

par Alexandre Gagné

C'est une annonce qui tombe, j'ose croire par hasard, le jour d'une éclipse médiatique. Le discours de Barack Obama vient occulter la décision de la BAnQ de procéder à une « réduction de sa masse salariale et à une révision de ses unités administratives ». Un geste, nous apprend Le Devoir, qui survient dans la foulée du dernier budget provincial. 

Conséquence immédiate: 29 postes permanents sont supprimés avec une «optimisation », dit-on, de l'organigramme de direction, mais il y a pire. La BAnQ met fin, avant terme, au contrat de 11 employés occasionnels affectés aux activités de numérisation. S'il y a bien un secteur important actuellement au sein de l'institution qui ne mérite pas de subir pareil traitement, c'est bien celui-ci. 

En 2008, bien avant plusieurs institutions publiques dans le monde, le géant de l'internet Google avait débuté la numérisation d'archives de journaux du monde entier dans son service News Archive. C'était alors une avancée fantastique pour des milliers de chercheurs en histoire, généalogistes et autres intervenants de la culture. Mais en 2011, la firme américaine a mis fin à son opération après avoir « scanné » 3,5 millions d'éditions de plus de 2000 journaux, dont plusieurs au Québec, dont une toute petite partie du journal Le Devoir. Cause de l'arrêt: une mésentente entre Google et les journaux sur les redevances et les droits d'auteurs.

Après cet épisode, plusieurs institutions publiques dans le monde ont lancé leur propre numérisation de journaux. La Bibliothèque du Congrès aux États-Unis, la France avec le projet Gallica et même la Suisse avec sa presse en ligne

Le Québec n'était pas en reste. Il faut dire que la numérisation avait débuté timidement dès 2003, mais elle s'est effectuée à pas de tortue. À peine une quinzaine de journaux du passé avaient été numérisés sans compter d'autres ressources, photos, cartes et cartes postales anciennes.

En septembre 2014, l'adoption du Plan culturel numérique du Québec a permis à la BAnQ de toucher 5,2 millions à être dépensés sur 2 ans pour accroitre la cadence de la numérisation avec l'achat de nouveaux équipements. 

Après cette annonce, j'avais écrit à la BAnQ pour savoir quand les archives de La Presse et du Devoir seraient mises en ligne. Pour Le Devoir, on m'avait répondu fin 2016. Or, il a fallu attendre au printemps 2017 pour voir enfin le journal disponible. La Presse a suivi, mais il manque encore de nombreuses années.

Plusieurs journaux régionaux importants se font aussi attendre encore. 

Un gros budget...


Comment la BAnQ a utilisé son budget de 5,2 millions. Qu'en est-il ? Pourquoi annoncer une réduction de la numérisation à ce stade-ci ?

L'annonce a de quoi surprendre, mais surtout a de quoi choquer. Pour les nombreux chercheurs au Québec, la numérisation des archives est un besoin essentiel pour faire avancer la connaissance. L'accès à distance aux journaux anciens permet d'accélérer l'étude du passé, permet de réduire les déplacements partout au Québec et n'implique pas, pour la BAnQ, de maintenir du personnel en place pour donner accès aux vieux rouleaux de microfilms. 

En entreprenant la numérisation de ses archives et des journaux québécois, la BAnQ a donné accès aux Québécois à une partie importante de leur histoire et a fait oeuvre de diffusion de la culture. C'est son mandat premier. La décision d'aujourd'hui, si elle se confirme bien, va complètement dans le sens contraire.

Le 24 mai dernier, la BanQ et l'Association francophone pour le savoir (ACFAS) annonçaient un partenariat pour permettre justement à la BAnQ de numériser et diffuser des publications de l'organisme s'échelonnant sur 85 ans. Ce projet est-il compromis ?

Les nouvelles d'aujourd'hui ne rassurent pas alors que depuis trop longtemps le Québec et le Canada sont à la traîne en matière de numérisation. Les archives en ligne de Radio-Canada sont bien minces par rapport à celle de l'INA en France et on attend toujours une présence de Télé-Québec à ce chapitre. 

Malgré des propos plein de bonne volonté exprimés par la directrice de la collection nationale, la BAnQ doit préciser sans tarder son plan quant à la numérisation des archives et fournir un calendrier. De son côté, le gouvernement Couillard doit expliquer pourquoi ces compressions surviennent alors que Québec investit dans le numérique et l'intelligence artificielle sans compter ce qu'il advient du 5,2 millions déjà annoncé.

Le Québec doit pouvoir compter sur des archives accessibles et variées. Il en va du mandat même de la BAnQ et de sa responsabilité comme institution publique.


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